Notre Paroisse

Ou pour le dire autrement, à quoi sert l'Eglise ?

A l'heure où de plus en plus de personnes prennent de la distance avec les « religions traditionnelles », voire « institutionnelles », la question se pose avec de plus en plus d'acuité.

Moi, qui me pose des questions spirituelles, sur le sens de la vie, sur la raison de la souffrance, sur ce qu'il y a ou pas après la mort, moi qui cherche à savoir d'où je viens et où je vais ; ai-je besoin de l'Eglise pour répondre à mes questions ?

Autrement dit, ai-je besoin de la religion ?

Le mot religion a deux étymologies possibles :

  • la première étymologie vient elle aussi du latin :relegere, qui signifie relire ou méditer : elle renvoie à la réflexion, l'approfondissement, au recueillement.
  • la seconde vient du latin religare, qui signifie relier : dans ce cas, la religion est ce qui nous lie à l'ultime (qu'on nomme Dieu dans la tradition issue d'Abraham) ; l'accent est mis sur la relation avec quelque chose ou quelqu'un qui est radicalement différent de nous : Dieu.

La religion c'est donc un appel à entrer en soi (l'aspect de réflexion personnelle), et une invitation à sortir de soi (l'institution sociale de la religion qui permet de prendre place à des temps à part, de participer à des gestes spécifiques...).

L'aspect de réflexion personnelle répond à un besoin qui n'est pas utilitaire, mais existentiel, c'est-à-dire lié à notre existence même.

Mais qu'en est-il de l'autre aspect, celui qui concerne l'organisation et la pratique religieuse ?

Le fait qu'on se dise croyant renvoie au premier aspect du mot religion, et la profondeur de cette foi ne dépend pas de l'assiduité au culte ou aux activités de l'institution religieuse.

Et c'est vrai que, de plus en plus, nous sommes en recherche d'une pratique libre, où nous pourrions mélanger joyeusement différentes pratiques qui nous conviennent bien : un peu de catholicisme par-ci pour le rite, les gestes, un peu de protestantisme pour la réflexion et l'intelligence de la foi, un peu de bouddhisme pour la méditation et la vie intérieure, un peu de judaïsme pour les mœurs, un peu d'islam pour la clarté du message. Et je me suis construit un dieu bien à moi, qui m'est confortable, et qui me laisse tranquille.

Ou peut-être laisserai-je finalement de côté toute spiritualité pour n'être protestant « que » pour l'apport culturel de cette confession ; parce que « ça m'a appris des choses, des connaissances pour la vie »

Mais ce serait oublier un peu vite le deuxième aspect du mot religion qui m'engage aussi :

Je ne suis pas croyant seul. Même si ma pratique personnelle, profonde, vraie, m'apporte beaucoup et ne repose que sur la lecture de la Bible, je ne suis pas seul.

Je lis la Bible avec ceux qui l'ont écrite, ceux qui l'ont traduite, tout ceux qui l'ont lu avant moi. Je lis la Bible avec des lunettes, consciemment ou inconsciemment, celles de ma culture, celle de ma sensibilité.

Se penser croyant seul, c'est oublier que la deuxième face de le religion, outre la foi personnelle, c'est ce qui me renvoie à l'Autre, aux autres.

Et l'Eglise, qui signifie assemblée, s'incarne dans la communauté. Or la communauté, c'est le partage d'un commun : la communauté, c'est avoir quelque chose en commun.

Former une communauté, c'est sortir du « je », pour entrer dans le « nous ».

Cette affirmation ne sort pas de nulle part, elle renvoie à l'évènement fondateur du christianisme : le tombeau vide : alors que nous pensons pouvoir être ensemble grâce à ce qui nous rassemble, en réalité, nous sommes ensemble en fonction de ce qu'on n'a pas. On ne peut créer du commun (ce qui nous unit) que parce que personne ne le possède. Précisément, dans notre tradition, ce que nous n'avons pas, c'est Dieu. Nous ne pouvons pas lui mettre la main dessus, comme ni les femmes, ni les disciples n'ont pu mettre la main sur Jésus-Christ au tombeau.

Se réunir, former une communauté, c'est donc pouvoir faire de ce que nous n'avons pas une force, une dynamique : la communauté prend la forme d'un courant d'air permanent, où rien n'est fixe, et où pourtant, au cœur de ce courant d'air, se trouve un espace de calme, de sérénité : Jésus-Christ. Il est inaccessible, mais pourtant il est toujours présent. Nous ne pouvons que nous en rapprocher, ensemble, sans jamais l’atteindre.

Alors pourquoi faire Eglise, pourquoi donner, pourquoi s'engager, si finalement, tout cela n'est qu'un courant d'air ?

Prendre part à une communauté, c'est pouvoir s'insérer dans une tradition : je m'insère dans quelque chose qui existe déjà, qui me permet de savoir que je ne viens pas de rien, que je m'intègre dans une histoire. Prendre part à la communauté, c'est me rappeler que je ne peux pas mettre la main sur Dieu, mais que Lui peut la poser sur mon épaule.

Faire partie de l'assemblée des croyants, c'est pouvoir bénéficier de la relation aux autres. C'est savoir que je peux compter sur des frères et des sœurs qui en sont plus ou moins au même point que moi, peut-être avec d'autres forces, d'autres faiblesses, d'autres questionnements, mais qui me ressemblent parce qu'ils ne possèdent pas non plus Dieu.

L'Eglise ne sert à rien, au sens utilitaire du terme, mais elle me permet d'avoir une chance de répondre à mes besoins spirituels, existentiels, par toutes les traces que ceux qui m'ont précédé dans la foi ont laissées dans leur sillage.

Être membre de la communauté des croyants me rappelle que je me trouve devant le tombeau vide et que quand je crois détenir La Vérité à propos de Dieu, Celui-ci se trouve déjà ailleurs que là où je crois le reconnaître.

L'Eglise ne sert à rien, et pourtant, je ne peux pas m'en passer.

Nicolas Rocher

 

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